Comment une jeune ouvrière du drap devient une héroïne nationale ?


Jeanne Hachette, LITTERATURE / mardi, septembre 17th, 2019
Jeanne sur les remparts

1472 : la guerre fait rage entre les Bourguignons de Charles Le Téméraire. Beauvais assiégé à la fin du mois de juin, résiste. Une jeune inconnue s’empare d’un drapeau ennemi et le dépose au pied de l’autel de l’église des Jacobains. Par ce geste, Jeanne Hachette redonne courage aux Beauvaisiens et son nom s’inscrit dans l’histoire de France par la reconnaissance de Louis XI.

Au-delà des récits fabuleux qui narrent son exploit et sa résistance à l’ennemi, Jeanne Hachette n’est elle qu’une jeune fille simple que les circonstances de la vie ont guidé vers un acte hors du commun ou est-ce l’histoire qui en s’emparant de son geste héroïque, en fit une héroïne ?

Rien ne préparait cette jeune fille confiée en nourrice à un couple de paysan en 1454. Eduquée comme toutes les fillettes de son âge : éducation religieuse et travaux des champs sans compter l’apprentissage de la garde des moutons. Les seules préoccupations de sa famille paysanne au Moyen Age étaient de se nourrir et de prospérer puisqu’il était même question avant la mort de la Maroie, sa mère adoptive, d’acheter un cheval.

Hélas, Jeanne Hachette quittera le cocon familial, son père ne pouvant plus l’élever seul sans sa femme. Il confie Jeanne à la veuve Laisnée ; celle -ci fit embaucher Jeanne comme ouvrière dans une draperie pour devenir un jour fileresse.

La jeune fille découvre alors la vie citadine et ses contraintes. L’influence considérable de l’église oblige Jeanne à oublier nombre de ses traditions : plus de fête du printemps, plus de bedeau habillé en vert dans les ruelles de Beauvais et un strict respect des horaires dictées par les cloches de l’église Saint Etienne et Pétronille.

Un jour traitée avec bonté le lendemain comme une nigaude, Jeanne a ses journées organisée entre son travail, les oraisons, les messes, les fêtes religieuses. A l’ambiance chaleureuse de son petit hameau de Rouceau se substitue une tristesse due non pas seulement par l’ambiance de guerre mais aussi par la main mise de l’église sur les beauvaisiens.

Depuis plus de quatre ans la ville attends l’attaque toujours imminente de Charles le Téméraire. Chaque habitant aura son rôle à jouer lors de l’assaut sur les remparts de la ville, La jeune fille habillera les hommes. Cantonnée à un rôle féminin, Jeanne éprouve souvent de la nostalgie pour sa vie à la campagne.

Les Beauvaisiens sont accablés d’impôts et l’évêque Jean de Bar en culpabilisant les beauvaisiens d’être en danger, les taxe plus que jamais. L’utilisation nouvelle de la poudre à canon fait craindre le pire de la part des Bourguignons.

La bataille de Beauvais marque la fin du régime féodal, le symbole du rétablissement de l’ordre par la royauté. Le geste de Jeanne qui s’empare d’un drapeau Bourguignon et le dépose au pied d’un autel encourage les habitants de la cité maudite à réagir et se battre. La rébellion de cette jeune fille habituée à courir les bois plutôt que les petites rues de sa ville, est une expérience de liberté et de pouvoir. C’est également le triomphe du règne de la grâce divine et du pouvoir royal. Car c’est Louis XI lui-même qui récompensera Jeanne : par ses lettres patentes du 22 février 1474 le roi lui donne une place dans la communauté en la mariant à Colin Pilon et en l’exemptant de toutes taxes à vie.

On peut s’interroger sur l’apparition dans l’histoire de ces héroïnes dont l’acte sacré est reconnu. On pense alors aussi à Jeanne Maillotte (qui à terrassé les Hurlus), à Jeanne d’Arc … Toutes ont marqués leur temps comme des femmes guerrières mystiques.

Superstitions et religions

Traditions païennes, les fêtes du printemps, lorsque les hommes et les femmes couraient la nuit à travers les prés armés de torches, récitaient des prières et faisaient des rogations étaient un moment extraordinaire de joie pour Jeanne. Sa vision du monde à l’instar de ses semblables passait par une interprétation des signes maléfiques, par des oracles ou des superstitions : passage d’un animal, ciel orageux ou encore rêve de chimères et de monstres. Mais l’église est aussi omniprésente, n’oublions pas que la victoire de Beauvais fut attribuée à l’intercession de sainte Angadrême, vierge et abbesse patronne de Beauvais dont la châsse avait été amené sur les remparts… et à Jeanne Hachette !

JEANNE HACHETTE l’héroïne de Beauvais – récit historique – Sylvie BINET -1995 – TALLANDIER

Sylvie Binet

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