Mémoires apocryphes de Madame de Prie


LITTERATURE, Madame de Prie / dimanche, septembre 29th, 2019
Madame de Prie

A la fois réflexion sur le roman historique (ses limites) et travail sur la corruption – séduction – absence de subversion ; le livre s’inspire de la vie d’Agnès Berthelot de Pléneuf (1698-1727). Devenue Madame de Prie en 1713, sous la pression familiale et sociale, elle sera pendant dix ans la maîtresse de Louis Henri de Bourbon.

Exilée à Courbépine accusée à tort, de débauche, de malversations politiques et financières, Agnès de Prie mourra aveugle et abandonnée de tous dans des circonstances dramatiques. Madame de Prie sera le témoin et la conscience de son temps dans toute son innocence et son ingénuité . Elle dénoncera aussi par son attitude, en pleine époque des Lumières, un système politique et social qui ne sert que ceux qui l’ont façonné. Madame de Prie sera toute sa vie réduite à un point d’égarement ; et son ascension sociale fictive provoquera sa mort réelle et symbolique.

Les premiers chapitres sont consacrés à son enfance, son éducation, son mariage avec Monsieur de Prie. Elle apparaît comme une jeune femme d’une grande beauté, bien éduquée pour servir son mari et réaliser le rêve d’ascension sociale de ses parents.

Puis, Madame de Prie devenue la maîtresse officielle du duc est confrontée à des hommes d’affaires sans scrupule. L’état est mis en usufruit et la distribution des rôles et des pouvoirs apparaissent factices. Ses rencontres avec Madame du Deffand lui font prendre conscience de la précarité de sa situation . Devenue dame du palais, elle ne parviendra pas à être reconnue pour ses qualités. Sa beauté et sa position sociale seront au contraire le déclencheur de sa disgrâce.

Enfin les derniers chapitres décrivent sa destitution et son exil loin de Paris et du duc. Ne pouvant affronter la question : »suis-je victime ou coupable ? », elle ne comprendra pas ce dont elle est accusée.

L’histoire d’Agnès est similaire aux regards qu’elle porte sur le monde . Elle constate en permanence l’échec de ses rêves et de son monde. Se situant dans un imaginaire constamment menacé de désintégration ; elle devient peu à peu dans l’inconscient collectif de la société à laquelle elle appartient, malgré sa condition de bourgeoise, une sorte d’héroïne vouée à l’échec.

Son rapport à la réalité est fictif car elle se réfugie en permanence dans un spectacle d’elle même, des autres et de ses mises en scène permanentes. Ainsi les jardins avec ces jeux de miroir symbole du surréalisme des fêtes à Chantilly n’a qu’un effet soleil aveuglant qui la fissure un peu plus chaque jour.

Tout est alternance dans cette vie tragique et sombre d’Agnès qui cherche sans cesse à immobiliser le temps afin que tout devienne gracieux y compris sa relation avec le duc.

Point de liberté pour elle puisque l’enjeu est sa survie dans un monde ou une bourgeoise à peu de place. La noblesse lui fait bien comprendre à la cour de Louis XV que lui a été accordée une valeur jusque là donnée aux impératifs de la cour. C’est cette valeur même qui lui sera reprochée .

Véritable échantillon social, incomprise, accusée de toutes parts sans aucune preuve, elle est le bouc émissaire idéal incapable de se confronter à une quelconque réalité, puisque élevée au milieu de chimères.

Ayant éliminé de son esprit toute malhonnêteté, elle n’a pas réussi à surprendre ni ses contemporains, ni ses descendants. Sa vie comme un roman noir , dont le principal personnage à la pensée obligatoirement fragmentée et pourtant morale, se terminera dans le silence accusateur de la cour, silence d’agression.

Ce qu’elle créait chaque jour, était aussitôt détruit parce que abandonné. De perspectives en perspectives il est à constater que son seul silence intérieur est celui qu’elle peut vivre confrontée à la « nature féerique » parce que transformée. Ce constat laisse peu de place à la beauté et à l’amour.

Par de subtils transferts de responsabilité, Madame de Prie assumera la dictature de son temps (dictature politique, intellectuelle) ainsi que les scandales financiers (l’affaire Law). Sa sévère éducation lui permettra de ne pas mourir sans avoir servi son père, son mari et enfin le duc de Bourbon. Doit-on la condamner pour n’avoir pas servi la France ?…

Editions L’Harmattan – 2020 – Sylvie Binet

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