Villard de Honnecourt XIIème – XIIIème siècle


ART, Villard de Honnecourt / jeudi, octobre 24th, 2019
« Villard de Honnecourt vous salue, et prie tous ceux en ce livre de prier pour son âme et de se souvenir de lui ; car dans ce livre on peut trouver grand secours pour s’instruire sur les principes de la maçonnerie et des constructions en charpente. Vous y trouverez aussi la méthode de la portraiture et du trait, ainsi que la géométrie le commande et l’enseigne. »

Le carnet de Villard de Honnecourt présente la transformation de l’art figuratif comprise entre le XIIème et XIIIème siécle ; prériode de transition de l’art roman à l’art gothique. Ce manuscrit, cahier de croquis et de notes recueillis pendant un voyage nous présente ce grimoire sous différentes approches complémentaires :

– un contexte iconographique (le dessin et ce qu’il signifie)

– une approche littéraire (les commentaires de Villard)

– un contexte esthétique : naissance de l’art gothique

Projet de flèche de cathédrale

A une époque de constitution voir l’émergence d’un nouveau langage ; de l’édifice roman aux architectures et décorations du gothique flamboyant, toute la quête est dans un hymne à Dieu.

Devant la variété des domaines traités on ne peut que s’interroger sur les buts poursuivis par notre auteur .

Nu

Cet album ne peut être réduit en un seul genre. Cahier d’architecte à en juger par les préceptes qu’il donne, les projets d’édifices qu’il élabore, les considérations techniques qui sont le siennes.

Certes c’est un recueil technique, Villard de Honnecourt se constitue un carnet de notes de voyages, c’est aussi un cahier de croquis d’éléments soient « pris sur le vif »soient recopiés, soient imaginés. Ces croquis pouvant servir à des travaux de maîtres d’oeuvre : architecture, sculpture, vitraux…

Un art, le note Panofsky inspiré de la scolastique (enseignement propre au moyen âge). A la tradition mystique et anti dialectique des monastères, s’oppose la tendance à une rationalisation de la foi. Villard de Honnecourt le souligne dans son entreprise particulièrement originale pour son époque.

S’il y a quête initiatique pour Villard, quête d’un édifice idéal à la hauteur de sa conception de Dieu  ; nous ne pouvons qu’admirer le chemin parcouru en France et dans une partie de l’Europe. Villard de Honnecourt est parti sur les routes dangereuses de cette époque, il brise les tabous et va d’une idée à l’autre sans calcul avec intuition et rigueur. Il s’agit bien d’un architecte écartelé entre la puissance de la matière et ce qu’il souhaite en faire, c’est à dire une ode à Dieu maintenant lisible pour tous et non pas cloisonné dans des monastères.

Ce grimoire est une vraie conversation, Villard de Honnecourt s’adresse à tous les publics, il prend des notes pour se souvenir de ce qu’il a vu, puis il les utilise sur des chantiers : Cambrai, Chartres Reims, Laon, Lausanne, la Hongrie…

Ce carnet n’a pas vieilli car cette quête d’un édifice idéal perdure, la symbolique de Villard continue à interroger notre inconscient. C’est d’ailleurs à ce point de lecture que beaucoup ont attribué des interprétations ésotériques que nous ne reconnaissons pas toujours (Mérimée, Viollet le Duc, Bechman…).

L’entreprise de rationalisation de l’univers religieux est particulièrement novateur pour son époque. La construction des voûtes, les procédés pour tracer les épures nécessaires à la construction des arcs ont été l’objet d’études constantes mais souvent inspirées par l’imaginaire débordant de Villard de Honnecourt.

Arcs et voûtes

Ainsi on ne peut comparer ce grimoire à l’Art de Géométrie de Mathieu Roriczer, vers 1463, présentant des suites logiques facile à comprendre et à interpréter. Ce qui n’est pas le cas de Villard.

Et pourtant c’est bien le manuscrit de Villard qui illumine notre connaissance de cette partie de notre histoire où l’individu est seul fasse à ces monuments ; et ou l’individu est isolé du groupe pour participer à la grande messe gothique qui s’emballera dans un flamboyant auguré par Villard de Honnecourt.

Toute l’ambiguïté de cette œuvre originale, sur peau de chèvre, se situe entre un discours gothique ou une scolastique de l’imaginaire ?

Sylvie Binet

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