François Montmaneix


François Montmaneix, POESIE / mardi, décembre 24th, 2019
Blandine Rivière, Buyats – Avril 2018

LAISSER VERDURE

Vouloir écrire sur un recueil de poèmes est bien audacieux. Mais si le poète nous incite à nous libérer de tous les discours consensuels, nous savons bien que ce qui est créateur,  souligne notre appartenance à un monde parfois oublié.

Nous sommes reliés à François Montmaneix non pas par une lecture au second degré inutile mais par un rhizome fait de mots et de structures syntaxiques qui lui sont propres.

Point de chute dans ces poèmes, mais une déflagration du monde pour mieux nous le représenter dans une verticalité permanente et une horizontalité qui font sens. Ainsi l’oiseau nous guide au plus haut dans le ciel, non pas par une quelconque obligation biologique mais par une incitation à un voyage intérieur et solitaire.

Acceptons ce bouleversement de la nature pour mieux rêver sans crainte en imaginant avec le poète une autre liberté. « Laisser verdure » révolutionne les astres, comme le pilote sans instrument sort des nuages pour mieux admirer le ciel.

La cosmogonie de François Montmaneix est admirablement simple et compréhensible par tous. Ainsi son monde par l’effet de figures de style toujours renouvelées provoque un éclatement non pas de rire mais de trop de réalité ; le poète prend tous les risques. Point de naufrage mais une dislocation du langage à une reconstitution de la phrase comme rythmée par le bruissement du vol d’un insecte et le parcours d’un jardin.

Douter dit-il

I

Je vois je sens je vérifie

Mai quoi ? Est-ce que je le sais

L’envol du merle un bond de sauterelle

Me relient davantage à l’espace

Que le bruit d’un avion

Dans ses tangibles savoirs

Et si le spectacle du jardin

Occultait sa véritable beauté ?

Si le jaillissement du tracé

M’aveuglait sur sa réalité

Alors il faut s’évader non pas comme avec Emerson dans Nature, mais plutôt comme si la terre avait engendré un âge de l’humanité figé dans le mouvement de sa chute.

Le secret du poète est de refuser la tautologie du monde pour créer pour nous un espace temps de lumière et de mouvement ex temporel qu’il interroge sans cesse.

Départ

Ce sont des oiseleurs sous des arbres

Ils sont jeunes ils sont endormis

En serrant dans leur poing

Des galets qui leurs tiendront chaud

Avant de leur apprendre à voler

Mais déjà la lune n’est plus ronde

Faudra-t-il s’en remettre à la terre ?

Ils ne sont plus au monde

Que par la fragilité d’un sommeil

Où le souffle n’a plus le beau rôle

Et s’inquiète de savoir

Si l’aube lui rendra la parole

Peut-être n’ont-ils eu que le temps

De sauter du jour à la nuit sans dire

Aux fleurs ni aux fruits dévorés

Ce qui leur donnait ce goût de partir

Dans un ricocher sur l’eau sous la lune ?

On devient simple dans la complexité des sens et on sait comme Krishnamurti que toute création est destruction.

François Montmaneix crée et détruit un univers imaginaire. C’est l’action délibérée et l’enseignement qu’il donne qui m’incite à vous recommander sa lecture.

L’enfance de l’art

Il allège la vie et la mort

L’oiseau pour qui tout est dans l’air

Et il peut implorer plus d’aurores

Que de soirs aux saisons de son âme

Mais il ne laissera rien s’envoler

Du livre entrouvert par le vent

Le mystère y sera bien au chaud

Que nous célébrons depuis la naissance

De l’enfant qui n’aura jamais l’âge

D’être plus vieux que son regard

« Laisser Verdure » est une ode à la nature qui rythme notre temps. Ce n’est pas un divertissement conformiste mais la douleur d’un nuage poussé par le vent.

Sylvie Binet

Laisser Verdure (Le Castor Astral)

François Montmaneix a exercé d’importantes fonctions dans l’industrie et la culture. A ce titre, il a dirigé l’Auditorium Maurice Ravel, à Lyon, où il a crée la galerie l’Atrium, ainsi que le rectangle, place Bellecour. Il est notemment l’auteur de Visage de l’eau, prix RTL/Poésie 1( Belefond), L’autre versant du feu, prix Louise Labé (Belfond), Vivants, prix Rhône Alpes de la littérature (Le Cherche Midi), Les rôles invisibles, prix Guillaume Apollinaire (Le Cherche Midi) et L’Abîme horizontal, prix Alain Bosquet (La différence).

Blandine Rivière illustre dans l’article photographie les poèmes de François Montmaneix.

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