Fernand Léger


ART, Fernand Léger / lundi, juin 22nd, 2020

Objets, espaces et métaphore

Figure

« Léger… n’est pas un mystique, il est peintre », cette boutade d’Apollinaire s’applique aussi bien à la genèse de son art qu’à son aboutissement. Avec son interprétation du cubisme : simultanéité de la forme, de la couleur, et de la ligne, Fernand Léger nous fait toucher du doigt une peinture conceptuelle affranchie de toute forme abstraite.
Il s’agit d’un art plus mécaniste qu’il n’y paraît et davantage orienté vers un espace temps en éternel figuration. Comme si la chose vue ne pouvait que muter indéfiniment vers sa propre réplique, forme redondante et surtout muette. A la fois mécaniste et pourtant poétique, voilà ce que nous retenons  de l’œuvre de cet artiste paradoxal, dont le geste statique des « choses anonymes » révèle la quête esthétique et l’engagement sociopolitique.

A nous de découvrir à travers les traits parfois forcés de son talent, la complexité de son univers où les objets incarnent au même titre que les portraits aussi bien la stupéfaction que l’indifférence ou l’avertissement.
Son œuvre est la métaphore d’un discours politique autour de l’esthétique industrielle sans compter sur sa conception parfois très idéaliste du monde. C’est en cela qu’il nous sidère (au sens de stupéfaction), comme si le paradoxe liberté/enfermement atteignait là une dimension particulière. Aucune de ses toiles n’avoue qu’il pourrait exister un espace de liberté sans objet (à tous les sens du terme), et pourtant c’est de cette liberté là dont il ne cesse de clamer l’absence. Ainsi sa trame architecturale marquée par le sens de l’histoire nous indique bien ce qu’il faut regarder, à savoir, l’intériorité mélancolique de ses personnages dont l’altérité douteuse suscite pourtant notre émoi. A vrai dire, Fernand Léger ne nous fait pas vivre l’intimité de son œuvre, mais son discours sur l’œuvre dans une épreuve de force entre temps, espace et objet. C’est en cela qu’il nous fait franchir un pas vers l’acceptation de cette œuvre faite de silence, et qui indique  un chemin poétique qu’il faudra bien un jour déterminer.

SB

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